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L'Héraldique

Exposé de Philippe Dien en date du 5 avril 2011 au théâtre André Malraux de Rocquencourt.


 

Origine(s) de l'héraldique

Horace, Virgile et Pline citent les héros de la guerre de Troie qui portaient sur leur bouclier et leur casque des figures. Ajax transportant Achille possédait un bouclier à deux serpents d'argent. Philostrate et Xénophon, dans son livre premier, écrit que le blason royal des Mèdes fut un aigle d'or (Cyrus, Darius, Cambyse, Xerxès portaient des figures, des dessins).

Diodore de Sicile cite les Egyptiens pour être les inventeurs des images symboliques. Rien d'étonnant à cela, compte tenu de la richesse des hiéroglyphes.


Un religieux, M. Monnet, pense lui que c'est Octave-Auguste (fils adoptif de César) qui aurait été à l'origine des armoiries chez les Romains et plus tard, bien sûr, dans tout l'empire.

Certains auteurs ont affirmé que les Hébreux, suivant la prédiction de Jacob (qui deviendra Israël), sont à l'origine des armoiries.

"Zabulon près des côtes de la mer où les navires sont à l'ancre". Ainsi, vous l'avez deviné vous-même, l'emblème de Zabulon est une ancre
.
Quant à l'Etoile de David appelée "sceau de Salomon", elle trouve son origine dans l'écriture sainte quand il est écrit "Un astre sortira de Jacob". La harpe d'or que l'on retrouve comme arme est une allusion à ce roi ; elle est due à l'imagination fertile d'un faiseur d'armoirie, une fantaisie. Car, pour ce faire, il faudrait que tous les patronymes David descendent de ce roi. Difficilement prouvable depuis la destruction de Jérusalem et de son temple en 70 de notre ère, les généalogies ayant été détruites.

Italium écrit "Un des Corvins avait un corbeau de Valérius Corvinus". Cinna et Ovide racontent qu'Egée reconnut son fils Thésée en voyant les marques sur le pommeau de son épée.

Malgré les sources archéologiques nombreuses telles que les temples, les arcs de triomphe, les tombeaux, l'Empire romain n'a laissé aucune armoirie d'aucune sorte. Nous ne possédons que des références à des images gravées sur les boucliers des soldats qui n'étaient que des signes de ralliement portés sur des bannières et, par la suite, sur des drapeaux.

Les Gaulois, peuple mystérieux, ont des emblèmes particuliers comme la branche de gui des druides qui n'était qu'une figure palpable du mysticisme. Nous n'avons trouvé que des initiales, des images gravées sur des bagues.

Sous les invasions, les Francs sortent vainqueurs de toutes les luttes mais ne laissent aucune trace de leurs armoiries telles que nous les connaissons aujourd'hui avec leur code héraldique.

De même, les Preux de Charlemagne n'avaient que des bannières militaires comme signe de ralliement. Ainsi, les descendants de Roland ne portèrent ni le cor ni l'épée (la fameuse Durandal) comme marque distinctive, si tant est qu'il ait eu des descendants.

Il faut bien le dire, les armoiries n'étaient que le fruit d'un caprice ou d'une vanité.

Bien que les armoiries ne soient pas un signe de noblesse, elles furent vite captées par la société la plus élevée comme signe de puissance ou de nouvelle fortune. Le code héraldique offrait une égalité devant tous par le respect de règles strictes. Un peu comme le code de la route aujourd'hui.

Comme nous l'a rappelé Alain de Lavilléon, les armes naquirent avec un code au XIIème siècle.

Au XIème siècle apparait le sceau armorié, d'un usage restreint. Le tout premier sceau occidental date de l'an 1000 au bas d'un contrat de mariage entre Sanche de Castille et la fille de Gaston II, vicomte de Béarn.

Les plus anciens que nous possédons appartiennent à:
" Aldebert de Lorraine "Une aigle au vol abaissé" 1030-1037
" Robert le Frison, Comte de Flandres 'Un lion" 1072
" Thierry, Comte de Bar "Deux bars adossés".
" Raymond de St Gilles, Comte de Toulouse "Croix clédée et pommetée" 1088 Chaque branche de la croix ayant 3 pommes, l'ensemble de 12 est une représentation symbolique de la Jérusalem céleste, avec ses 12 portes ayant les noms des 12 apôtres de l'agneau (J-C) inscrit au dessus.

D'une manière générale, on passe du symbole païen à une symbolique chrétienne.

Le nombre des meubles (le lion) représente soit le nombre de rameaux d'une même famille, soit le nombre de personnes de cette maisonnée qui sont partis aux Croisades.

Les armes permettent de reconnaître ses alliés au combat mais aussi de les distinguer une fois la paix revenue.

La monnaie est également un moyen d'identifier une famille royale. Le roi Philippe IV de Valois est représenté tenant de sa main gauche son écu semé de fleurs de lys et son épée de la droite. C'est une pièce frappée en 1336 qui porte le nom d'écu. Notons au passage que le bouclier (=écu) donne son nom à la monnaie de notre pays sous l'Ancien Régime.

Celui qui était chargé de reconnaitre les armoiries et les qualités du gentilhomme fut le Héraut qui deviendra par la suite Juge d'arme ; les plus célèbres en France furent la famille d'Hozier. A l'aide d'une trompe ou d'un porte-voix, il annonçait et décrivait les armes de celui qui les portait :

Oyé ! Oyé !
Un chevalier d'armes vermeilles
Et cinq annets d'or en écu
Vi devant tous qui son écu
Vient à voir la première joute
Comment qu'il soit vu quoi
Qu'il en coûte


On peut traduire par :

Un chevalier aux armes vermeilles (gueule = rouge) à cinq anneaux (annelets) d'or (jaune) sur l'écu vient devant tous. Celui qui veut voir la première joute saura ce qu'il lui en coûte.

En conclusion de cette première partie, on peut dire que les tournois ont commencé en 938. Le Français perfectionnera la science du blason et l'exportera en Angleterre et en Espagne. Ainsi naquit le code héraldique.

Les croissants, l'étoile, découverts sur les boucliers ennemis, les monstres chimériques et certaines couleurs comme le gueule, l'azur ou le sinople dépeignaient la poésie orientale ; ils devinrent des symboles héraldiques et servirent plus d'une fois à des familles nobles.

Codification

L'évènement qui va unifier l'usage des armes dans un premier temps vient par le "Conflictus Galleie", c'est-à-dire la joute appelée "Le combat français".
C'est Henry Loiseleur qui perfectionna la législation des Montres d'armes au Xème siècle. Les plus anciens ouvrages ne remontent pas au-delà du règne de Philippe Auguste (XIIème siècle).
Jacques Butex, en 1285, blasonne les armoiries des chevaliers qui joutent à Chaumercy.
L'armorial de 1312, qui fut écrit au couronnement d'Henry VII de Luxembourg, Empereur germanique, ne concerne que les armoiries de ceux qui furent à Rome.

Faisons un point.
Les armes, dans l'Antiquité jusqu'au Moyen Age n'obéissent à aucun code et ne sont que le fruit d'un caprice.

Les armoiries apparaissent sur les sceaux vers l'an 1000.
Les tournois généralisent l'usage des blasons.
Si la joute est l'élément qui va enfoncer la porte pour voir les armes apparaître sur un plan régional (le plan régional, dans ce sens, ne concerne que les grandes provinces de France, d'Allemagne, …), il nous manque l'élément qui va crocheter la serrure et définitivement codifier et généraliser l'usage des armes qui correspond à un besoin général. Cet évènement est la Croisade.

La similitude des armes de différents pays est probablement la conséquence plus ou moins lointaine de rencontres faites en Terre Sainte. Le climat torride de la Palestine impose le port d'un vêtement de toile appelé surcot, par-dessus la cote de mailles chère aux armées occidentales de l'époque. Les chevaliers les moins artistes de leur temps ont pu reproduire le motif qu'ils possédaient sur le bouclier. D'où l'expression anglaise pour désigner les armoiries : "Coat of arms" (Cotte d'armes).

La généralisation des armes auprès des chevaliers va apporter la codification. Cette codification sera poussée à devenir une science puis un art avec son symbolisme et sa science secrète. La composition des blasons faisait un rébus très prisé au Moyen Age.

Les écus armoriés apparaissent en 1140 en Angleterre, en 1143 en Savoie, en 1144 chez Henry le Lion de Saxe, en 1150 pour la Provence et l'Aragon.

L'exemple le plus ancien que nous possédons est celui de l'émail des Albans représentant l'écu armorié de Geoffroy Plantagenet décédé en 1151. Geoffroy Plantagenet portait 6 ou 8 Lions (Hissant) qui deviendront par la suite Léopardés, c'est-à-dire allongés (ou Passant), la tête de face. Nous les retrouvons dans les armes de l'Angleterre.

Tout ceci forme autant d'indices précieux pour retrouver la trace des origines des familles nobles, titrées ou non.

Le Blason

Pour comprendre le blason, il est bien de se mettre dans l'époque de ceux qui le portèrent dès le début du XIIème siècle. Nous, nous raisonnons en hommes du XXIème siècle avec la faculté de raison ; mais au XIIème siècle, très peu savaient lire et écrire, certains plus que d'autres comme les artisans appelés à faire des transactions, mais très peu dans les familles nobles.

Ainsi, le chevalier avait pour lui le "symbole" reconnaissable entre tous.

Si nous prenons l'épée, la lame et la garde forment la croix (il existe 56 sortes de croix en héraldique). Le champ de bataille devient le bouclier et les coups d'épée des partitions pour diviser l'écu en parties afin, ensuite, d'y placer les meubles. Le haut est le chef, le centre le cœur et le bas la pointe. Il existe 2 métaux (or et argent), 5 couleurs principales (gueule, azur, sable, sinople, pourpre), 2 fourrures et leur contraire (hermine et contre-hermine, vair et contre-vair).

Les coups d'épée sont nommés "partitions" auxquels on ajoute les répartitions. De haut en bas:
- coupé en deux est "parti;
- dans le milieu horizontalement est "coupé;
- tranché en diagonale de bas à gauche en haut à droite (lecture sur soi); au figuré l'écharpe;
- taillé est l'inverse de bas à droite en haut à gauche;
- tiercé : 2 traits horizontaux séparant l'écu en 3 parties;
- le pal : 2 traits verticaux de haut en bas, l'un à côté de l'autre ; au figuré la lame;
- la fasce : une bande au centre de l'écu ; le baudrier du chevalier;
- la bande : une bande du bord haut de l'écu à gauche au bord droit en bas ; l'écharpe;
- la barre : une bande du bord haut de l'écu à droite au bord bas à gauche;
- Il y a aussi la pairle, le mantel, l'écartelé, la croix, le sautoir, le chevron …

Le chef est une pièce honorable réservée aux chevaliers les plus nobles.
On trouve également le fretté (un treillis : nervures recouvertes de tiges de tilleul ou de frêne, souvent cloutées pour renforcer cette arme défensive), le papillonné ou le plumeté. Les besons sont de grosses pièces d'or ou d'argent représentant la monnaie, tirant leur origine de la ville de Byzance.

Pour les meubles qui habillent le blason, on voit :
- éléments naturels (fleurs, animaux, nuage, vent, …)
- technique (vase, chariot, …)

Les blasons de la famille de France sont représentés par l'écu d'azur à 3 fleurs de lys (l'écu plein de fleurs de lys est l'écu ancien).

Louis d'Orléans, frère de Charles VI, roi de France, portait le même blason que le roi mais avec au chef un lambel (traverse horizontale d'où se détachent des pendants) montrant qu'il était le cadet de famille. Louis d'Orléans eut 2 fils, Charles d'Angoulême, qui portait comme lui le lambel d'argent (3 croissants tournés vers le haut), et Jean d'Angoulême. Charles fut le père de François Ier.

Pour distinguer la famille d'Orléans (d'azur à 3 fleurs de lys d'or au lambel d'argent) des Orléans Longueville, par exemple, on ajoute une barre de gueule.
Les Bourbons : d'azur aux fleurs de lys plein à la bande de gueule.
Les Bourbons La Marche : la bande de gueule possède 3 lions d'argent passant.
Les Condé : de même avec une barre de bâtardise en bande.

Science secrète du blason

La science secrète du blason tient souvent dans son langage phonétique.

Nous pouvons penser que les armes avant le XVIIème siècle possédaient un code pour ceux qui désiraient montrer la trace de leurs vertus.

Dans le code héraldique, nous n'avons pas le droit de mettre émail sur émail ou métal sur métal. Exception : la croix de Jérusalem que l'on dit arme à enquerre d'argent, à une croix d'or alésée potencée à quatre croisettes de même.



Or
potencée
croix
quart
croiselet
l'une
sol(eil)
crois qu'elle est
=
=
=
=
=
=
la seule
puissance
est la croix
car
je crois qu'elle est
unique


Notons que les 5 croix figureraient les 5 blessures du Christ (ou les 5 premiers livres de la Bible).

Un escu en champ d'azur, avec deux fleurs de lys d'or, et une épée la pointe en haut féruë en une couronne.

Les armes de Jeanne d'Arc sont intéressantes à plus d'un titre car le Roi de France lui aurait octroyé des armes mais nous ne savons pas à quelle date. Certains disent 1429. Or quelque temps plus tard, à son procès, elle dit qu'elle n'en possède pas. On peut penser que sous l'impulsion de la famille (ses frères), elle reçut ses armes qui sont fort curieuses.


L'azur = une étendue d'eau, en ancien français "baille". Baillir = administrer, commander.
Epée d'argent = argent te paie Couronne = couronné = le roi
La pointe de l'épée au chef = chef pointe
Deux lys d'or = de li eure = de lieur
Donc : "Baille aux gens te paie couronné chef pointe garde de lieur" signifierait "Commande, les gens te paient, le Roi ne peut te garder de la tromperie". Ceci se retrouve dans le livre de Gérard de Sède signalé dans le compte-rendu de réunion.

En gardant ce principe, j'ai cherché la trace phonétique d'un blason de ma famille maternelle, Jehan d'Embourne, qui se décrit ainsi : d'argent à trois serpents de sinople au chef d'or à trois colombes de sable.

De suite, à la lecture de ce blason, une chose nous saute aux yeux : les colombes de sable (c'est-à-dire noires) n'existent pas dans la création. A quels autres oiseaux peuvent-elles être associées ? A la corneille.

Les Jehan d'Embourne descendent de Jehan de Fulbourne. Ils furent envoyés en Guyenne. Cette famille, en "France", n'est pas antérieure au XVème siècle.

En reprenant la phonétique du blason, la corneille en Guyenne se dit "galhart" = gart = garde. Avant d'y revenir, décrivons le blason selon la symbolique chrétienne.
1) le sinople = vert Ramené d'Orient ; utilisé après les croisades.
2) le serpent = symbole de prudence.
3) Argent = la blancheur, liée à la transfiguration du Christ
4) le serpent "en las d'amour" = grande foi
5) Or pour le chef

3 serpents = 3 servants : Pierre, Jacques, Jean.
Traduction de "Jean" : Jehohannan en hébreux, Joannes en latin, Jahan en vieux français, Jehan en moderne, Jean actuel. "Jehan" c'est l'apôtre Jean connu pour sa faconde et son savoir : 1 évangile, 4 épitres, l'Apocalypse.

Devise : "Montrez vous prudents comme les serpents, innocents comme les colombes".
"D'argent à 3 serpents de sinople au chef d'or à 3 colombes de sable" donne "Des gens très servants si nobles le roi d'or (=dorénavant) à très garde", soit "Trois servants si nobles gardent dorénavant le roi des gens".

Maintenant, il faut bien dire que le fait que Jehan d'Embourne soit de Fulbourne et de la famille de Beauchamp de Fulbourne ne me donne aucune indication sur ceux qui furent trois à garder le roi. Et quel roi ? Sachez simplement que cette famille de Beauchamp de Fulbourne descend d'Hugues Beauchamp, compagnon de Guillaume le Conquérant. Et la femme d'Hugues de Beauchamp descend en ligne directe de Charlemagne.

Détails

Certains détails indiquent le lieu : au chef le nord, à la pointe le sud.
Les croissants de lune venus des croisades indiquent une direction.

Les armoiries ayant été la source de nombreuses manipulations, on peut penser que des familles antérieures au XVIIème siècle peuvent avoir donné une ou plusieurs personnes aux Croisades. Exemple : si le chef du blason indique 3 croissants les pointes vers le nord, cela peut indiquer qu'une famille qui portait ces armes est probablement originaire du Nord et qu'ils furent 3 aux Croisades. A moins que le nombre 3 ne serve à indiquer les vertus chrétiennes : la foi, la sagesse et l'amour.

Philippe Dien




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