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Pierre Terrail, seigneur de Bayard.
par Patrick CHASSAGNETTE (notre photo)

Introduction.

Pierre (de) Terrail, seigneur de Bayard(t), plus connu sous le nom de Bayard ou de chevalier Bayard, est né en 1.473 (1.476) au château de Bayard à Pontcharra en Isère.
Ce noble dauphinois (provençal ?) s'illustrera durant les guerres d'Italie (XVe et XVIe siècles).

Sa vie, narrée par l'un de ses compagnons d'armes, Jacques de Mailles, dans " la Très joyeuse et très plaisante histoire du gentil seigneur de Bayart, le bon chevalier sans peur et sans reproche " est à l'origine du personnage du chevalier qui symbolise les valeurs de la chevalerie française de la fin du Moyen Âge.

Jeunesse et premiers faits d'armes.

Pierre III, fils d'Aymon, seigneur de Bayard, et d'Hélène Alleman-Laval, nait dans une famille de basse noblesse qui a payé, depuis cinq générations, un lourd tribut durant la guerre de Cent Ans et pour laquelle l'art de vivre et de mourir, et le sens l'honneur sont les valeurs cardinales.
Le château Bayard n'est qu'une simple maison-forte construite par son arrière-grand-père, Pierre Terrail premier du nom.
Les Terrail ne sont guère fortunés et Bayard, aîné supposé d'une famille de huit enfants (dont quatre garçons), mène une vie modeste.
Il entre tout d'abord à l'École-Cathédrale de Grenoble. Les faits d'armes de ses aïeux et la générosité de son oncle Laurent Alleman, évêque de Grenoble, lui permettent d'embrasser la carrière militaire.

En février 1486, âgé de 11 ans, il obtient une place de page à la cour de Charles Ier, duc de Savoie. Il fait son apprentissage des armes à Turin et termine ses études militaires à la cour de France.
En 1493, à l'âge de 17 ans, il entre en qualité d'homme d'armes à la compagnie du comte de Ligny où, cavalier hors pair mais également excellent fantassin, il a l'occasion de faire connaître sa bravoure et de se rendre rapidement célèbre malgré son jeune âge.

Le chevalier Bayard
Le chevalier Bayard au combat
Armure du Chevalier Bayard
Bayard défend le pont du Garigliano

Au service du Roi Charles VIII (1489-1498)

Sous Charles VIII, au cours des guerres d'Italie, il participe à la bataille de Fornoue le 6 juillet 1495 où il fait " merveille d'armes ", devenant ainsi, peu à peu, le héros de récits que se content les soldats.
Les conquêtes françaises en Italie sont perdues de 1496 à 1497.
Charles VIII meurt subitement à Amboise le 7 avril 1498 et Louis XII qui lui succède repart à la conquête du duché de Milan.

Au service du Roi Louis XII (1498-1515)

Lors de la bataille pour Milan, Bayard est fait prisonnier par le duc Ludovic Sforza qui le reçoit avec les plus grands honneurs, lui restitue son cheval et ses armes, et le renvoie sans demander de rançon.

En 1501, Bayard fait prisonnier le célèbre capitaine espagnol Alonso de Soto Mayor. Croyant avoir affaire à un chevalier, Bayard lui demande de donner sa parole de ne pas s'enfuir et le loge dans un château. Soto Mayor se sauve ; repris, il prétend ne pas avoir été traité selon son rang. Il s'ensuit, en 1503, un duel avec Bayard à la fin duquel ce dernier le tue.

C'est à cette époque que Bayard a une fille, Jeanne, avec Barbe de Tresca. Jeanne Terrail (1501-1580) est élevée dans le Dauphinois par ses oncles paternels. Elle n'est jamais qualifiée de fille naturelle mais simplement de fille du chevalier. Cette paternité n'est pas rapportée par Jacques de Mailles dans son histoire du " gentil seigneur ".

En 1504, la retraite des troupes françaises hors du royaume de Naples est le théâtre de l'un de ses plus hauts faits d'armes. Le Garigliano, fleuve, qui se jette dans la Méditerranée au nord de Naples, fait séparation entre Français et Espagnols. Un échelon de reconnaissance est envoyé par l'armée française pour franchir le fleuve sur un pont de bateaux rapidement lancé. Averti au dernier moment, Bayard se joint au petit groupe d'éclaireurs en simple pourpoint, sans avoir pris le temps d'enfiler sa cuirasse et son casque.
Rapidement, les trois ou quatre cents Français et Suisses ayant franchi le Garigliano sont débordés par les 1.500 hommes lancés contre eux par Gonzalve de Cordoue. L'armée française doit battre en retraite. Le pont, fort étroit, impose aux Espagnols de se présenter un à un devant Bayard, resté seul à l'arrière-garde. La vaillance, l'adresse et l'endurance de Bayard font merveille. L'artillerie française mise en batterie, contraint les Espagnols à refluer et met fin à la bataille.

En avril 1507, il force le passage des Apennins et prend la ville de Gênes qui vient de se soulever. Cette victoire est l'occasion d'un éblouissant défilé de troupes françaises en présence du roi Louis XII, le 20 avril 1508.
Début mai 1509, Bayard et ses troupes prennent Treviglio, au sud de Bergame.
Le 14 mai 1509, Bayard s'illustre à la bataille d'Agnadel, victoire acquise dans un bain de sang (14.600 morts), qui ouvre à Louis XII les portes de Venise.
Le roi décide d'octroyer à Bayard les fonctions de capitaine, grade habituellement réservé aux puissants nobles du royaume (les troupes sont généralement commandées par le lieutenant, le capitaine, étant rarement présent sur le champ de bataille).
D'août à septembre, pendant le siège de Padoue, Bayard est en garnison à Vérone.
En 1510, il tente d'enlever le pape Jules II, qui s'est retourné contre ses anciens alliés français.
En février 1512, après avoir pris Bologne, il assiège Brescia. Le 19 février, il y est blessé d'un coup de pique dans le haut de la jambe.

Vite remis, il s'illustre à nouveau, à Ravenne le 11 avril 1.512, lors du délicat retrait des troupes françaises. Son fameux cheval " Le Carinan ", cadeau du duc de Lorraine, y est grièvement blessé et manque d'être laissé pour mort sur le champ de bataille. Le Carinan guérit cependant et continuera à guerroyer avec Bayard. Il doit être associé à la gloire du chevalier.
C'est également à la bataille de Ravenne que Gaston de Foix, compagnon d'armes de Bayard, meurt, à 23 ans, les armes à la main.

Lors de la défaite de Guinegatte, le 16 août 1513 contre les Anglais, Bayard est fait prisonnier. Apprenant sa capture, l'empereur Maximilien qui le tient en grande estime, vient le voir, le présente au roi d'Angleterre qui essaie en vain de l'enrôler dans ses armées, puis lui rend la liberté.

Au service du Roi François 1er (1515-1524)

Devenu roi le 1er janvier 1515, François Ier manifeste dès le 20 janvier son intérêt pour Bayard en le nommant lieutenant-général du Dauphiné.
Bayard commence donc à assurer la gouvernance de la province, le duc de Longueville, gouverneur en titre, ne s'en occupant nullement, selon la coutume.
Bayard est acclamé le 17 mars 1515, lors de son entrée dans Grenoble, heureuse de recevoir l'illustre chevalier. Le lendemain, les Consuls de la ville viennent le saluer en lui offrant deux tonneaux de vin et de l'avoine pour ses chevaux.
Début août, le roi arrive à Grenoble et y séjourne quelques jours avant de partir vers l'Italie.
Bayard doit rejoindre, avec sa compagnie et trois mille hommes de pied, les troupes que François 1er est en train de réunir [cinquième guerre d'Italie (1515-1516)].

Le 14 septembre 1515, au soir de la bataille de Marignan, pour le " grandement honorer ", François Ier, veut prendre " l'ordre de chevalerie de la main de Bayard ".
Le lendemain matin, les compagnies d'ordonnance sont rassemblées et le roi, âgé de vingt ans, se fait adouber par celui qui réalise le mieux, aux yeux de tous, l'idéal de courage et de loyauté des preux du Moyen Âge.

Gouverneur populaire

La victoire de Marignan permet à Bayard de séjourner un peu plus longuement dans sa province du Dauphiné, non sans devoir à plusieurs reprises repartir en campagne en Italie ou dans le nord de la France, à la demande du roi.
Bayard prend très à cœur ses fonctions de gouverneur et trois domaines retiennent spécialement son attention : la peste, les inondations et les brigandages.
Il fait nettoyer les rues de Grenoble, purger les égouts et surveille personnellement les travaux de défense contre les inondations.
Bayard crée une commission chargée de surveiller, pendant ses absences fréquentes, la construction de digues pour détourner le Drac.
De nouvelles taxes doivent être imposées pour financer ces endiguements et il propose aux mendiants valides d'assurer les travaux sous les ordres des Consuls de la ville.

En 1522, alors que les Consuls lui conseillent de partir à Tullins, il prend des mesures contre la peste et la famine qui sévissent dans la ville. Les pestiférés sont regroupés dans un hôpital en dehors des remparts de la ville et trois médecins sont sommés de rester pour soigner les malades.

Reparti en campagne, Bayard défend Mézières assiégée par les troupes allemandes de Charles Quint. A la bataille de Sesia, Bayard couvre une fois de plus, au péril de sa vie, la retraite des siens.

Au départ de Bonnivet, Bayard est nommé commandant en chef, mais deux jours après, le 29 avril 1.524, il est mortellement blessé dans le dos par un coup d'escopette (ou un trait d'arbalète), à Rovasenda (Piémont), tandis qu'il couvre la retraite de l'armée française.
La colonne vertébrale brisée, il enjoint ses compagnons de le quitter et leur dit :
" Je n'ai jamais tourné le dos devant l'ennemi, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie ".
Le connétable de Bourbon, qui, s'étant retourné contre le roi de France, poursuit les Français à la tête des troupes de Charles Quint, vient devant Bayard et dit :
" Ah ! Monsieur de Bayard, que j'ai grand-pitié de vous voir en cet état, vous qui fûtes si vertueux chevalier ! "
" Monsieur, répondit le mourant, il n'est besoin de pitié pour moi, car je meurs en homme de bien ; mais j'ai pitié de vous, car vous servez contre votre prince et votre patrie ! ".
Il agonise dans le camp adverse, pleuré par ses ennemis.
Son corps est ramené en France et enterré au couvent des Minimes de Saint-Martin-d'Hères. Le 24 août 1822 ses restes sont transférés en la Collégiale Saint-André de Grenoble.

La fin de la chevalerie française

La Guerre de cent ans, entre les Plantagenêt et les Valois (branche cadette de la dynastie capétienne), c'est à dire entre les royaumes de France et d'Angleterre, couvre la période 1337-1453.
Les trois grands chevaliers français sont, dans l'ordre chronologique :

- Bertrand du Guesclin : 1320-1360 (40 ans)
- Jeanne d'Arc : 1412-1431 (19 ans)
- Bayard : 1476-1524 (48 ans)

L'admiration suscitée par Bayard est à rapprocher de celle inspirée par Jeanne d'Arc ou Bertrand du Guesclin.

L'image attachée à Bayard est celle du parfait chevalier (à l'instar de Perceval ou de Galaad), qui sait non seulement combattre avec talent, mais aussi défendre les opprimés, et s'opposer au pillage des villes vaincues. Ainsi, héritier d'une conception médiévale de l'honneur et d'un esprit chevaleresque, il a été, à sa mort, pleuré par ses ennemis.
Mais François 1er est le dernier roi paladin et Bayard le dernier chevalier français.

Lorsque la gloire et la renommée de Bayard sont à leur apogée, la chevalerie française n'est déjà plus qu'une parodie de l'ancienne chevalerie. Elle n'octroie désormais ni rang ni prérogative. Le nombre des chevaliers a considérablement diminué ; ils étaient 5.000 à 6.000 vers 1300, mais ne sont plus que 1.000 deux siècles plus tard.

Deux raisons peuvent être avancées pour expliquer cette disparition :
- L'Eglise a tout fait pour affaiblir les ordres religieux de chevalerie, voire même pour les supprimer.
- Les armes nouvelles, comme l'artillerie, ont contribué à les éliminer.

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