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"Le vrai d'Artagnan"
par les trois mousquetaires.

Philippe Bougouin (Athos), Alain de LaVilléon (Porthos) , Michel Péroche (Aramis)

Athos
Porthos
Aramis

Les trois récitants sont en costume d'époque. Assis à une table, ils évoquent la vie de d'Artagnan en son absence.

Les 3 : Un pour tous , tous pour un !

PhB : Je suis Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle et de Casaber, plus connu sous le nom d'Athos.

A2L : Je suis Isaac de Portau du Vallon de Bracieux de Pierrefonds, plus connu sous le nom de Porthos

MP : Je suis Henry Seigneur d'Aramitz , plus connu sous le nom d'Aramis.

PhB : Et si quelqu'un n'avait pas encore deviné…

Les 3 : Nous sommes les trois mousquetaires !!!!

M.P : Un seul être nous manque et tout est dépeuplé…

A2L : Que veux-tu dire par là ?

PhB : Oui, que veux-tu ?…

A2L : Ah ! Oui d'Artagnan ! Tu veux dire que d'Artagnan n'est pas là ! La belle affaire ! Pour une fois qu'on peut souffler un peu.

PhB: Et oui, tu as raison ! Pour une fois qu'on peut parler de lui sans se prendre une flanconade !

A2L: Pour ceux qui auraient pratiqué l'escrime sachez qu'une " flanconade " est une botte de quarte forcée qu'on porte dans le flanc de son adversaire. Voilà c'est dit.

M.P : Et bien dit !

PhB (s'adressant au public) : Bien sur vous avez tous lu les romans d'Alexandre Dumas où notre camarade tient le beau rôle et se taille la part du lion. IL est le héros bondissant, aux aventures époustouflantes, prompt à tirer l'épée pour affaire d'Etat, charmeur autant que bon vivant, drôle et humain.
Mais savez-vous qui est VRAIMENT d'Artagnan ? Non ?
Et bien je vais vous le dire !

A2L / M.P : Un pour tous, tous pour un !

PhB : Oui, bon… NOUS allons vous le dire.

M.P : Celui qui va devenir d'Artagnan est le septième et dernier enfant d'une modeste famille gasconne - et non pas béarnaise comme l'écrit Dumas qui - notons-le en passant - n'a jamais pratiqué la généalogie avec les Amis du Vieux Rocquencourt.

A2L : Signalons, de surcroit, que d'Artagnan ne s'appelait pas d'Artagnan et qu'il n'était pas noble. De son vrai nom Charles de Batz de Castelmore, il était issu d'une modeste famille d'origine roturière qui, depuis plus d'un demi-siècle prétendait à la gentilhommerie.

PhB : Plus tard, au cours du XVIII° siècle, les de Batz de Castlemore seront même poursuivis pour usurpation de titres, démarche dérisoire quand on sait aujourd'hui qu'en plus des 3500 familles qui appartiennent à la " vieille noblesse ", notre pays compte plus de 40.000 familles bourgeoises dont le nom est " orné de la friandise " selon le mot exquis du duc de Saint Simon.

M.P : Et pourtant, pourtant…Dans l'Ancien Régime un titre de noblesse ne se transmettait héréditairement que par le père. Or le bon sens aurait du tenir compte de l'adage suivant : " Maman sûrement, Papa peut-être ".

A2L : Par sa mère, Françoise, de la maison seigneuriale d'Artagnan, le jeune Charles était bien issu d'une famille noble et prestigieuse : Les Montesquiou, un des plus hauts lignages de Gascogne, descendants des anciens comtes de Fezensac dont Leutahrd 1er, comte de Paris dans les années 780 après Jésus-Christ.

PhB : Ah ! Quand même ! Mais bon… Noblesse ou pas, la vérité pour l'homme c'est ce qui fait de lui un homme. Charles nait au château de Castelmore à Lupiac dans un des plus beaux départements de France : le Gers. De cela nous sommes certains. Les historiens situent sa date de naissance entre 1611 et 1615.Mais après ? Après, nous allons nous trouver constamment en présence de trois d'Artagnan :

M.P : Celui de la vérité historique que nous défendons en tant que témoins ;

A2L : Celui de Courtilz de Sandras, précurseur du roman historico-picaresque et auteur des " Mémoires de Monsieur d'Artagnan " (1704) ;

PhB : Et celui d'Alexandre Dumas dont le roman " Les Trois Mousquetaires ", publié en 1844, fût traduit en 92 langues, porté à l'écran plus d'une centaine de fois et présentement évoqué aux AVR par vos trois serviteurs ! C'est dire !

M.P : Aujourd'hui la mode est de réinventer l'Histoire de France. Avons-nous au moins existé ?

A2L : Qui nous ? PhB : Ben… nous : Athos, Porthos et Aramis !

PhB,MP,A2L: Un pour tous, tous pour un !

M.P (calmement) : Je disais : avons-nous vraiment existé ?

A2L : Alexandre Dumas prétendait que nous n'étions que des " bâtards de son imagination " mais cela est faux car Cortilz de Sandras parle textuellement de nous dans " Les Mémoires de d'Artagnan ".

PhB : De plus on retrouve nos patronymes dans diverses généalogies béarnaises et sur les " rôles " des compagnies de mousquetaires.

M.P : C'est un fait. Mais revenons à d'Artagnan. Pourquoi d'Artagnan plutôt que Charles de Batz de Castelmore ?

A2L : Parce que la famille de Montesquiou-d'Artagnan était mieux introduite à la cour que la famille des Batz seulement propriétaire d'une petite gentilhommière assez mesquine à Castelmore. Mais qu'importe le flacon !

PhB/MP : Pourvu qu'on ait l'ivresse…

A2L : Bon, c'est bien gentil tout ça, mais QUI fait QUOI ?

M.P : En tant que généalogiste des AVR, sceptique et comptable de nature, je veux bien prendre la vérité, toute la vérité et seulement la vérité !

A2L : Et moi, gentilhomme historico-picaresque de naissance, je serai du parti de Courtiz de Sandras qui - 27 ans après la mort de d'Artagnan - écrivit " Les mémoires de Monsieur d'Artagnan, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires du roi, contenant quantité de choses particulières qui se sont passées sous le règne de Louis Le Grand.

PhB : Et moi, natif du Gers, je parlerai du roman d'Alexandre Dumas pour qui la réalité historique n'est pas la préoccupation majeure.

M.P : Or donc, nous y voici, nous y voilà…Première remarque : ne croyez JAMAIS ce que vous disent les livres et encore moins les romans ! Ou alors vérifiez, contrôlez, justifiez ! D'Artagnan est né aux environs de 1613. Il nous faut donc tout de suite oublier les aventures pittoresques que lui a prêtées la verve d'Alexandre Dumas dans la première partie du règne de Louis XIII : les amours d'Anne d'Autriche avec le séduisant duc de Buckingham, la lutte contre le terrible cardinal de Richelieu, le siège de la Rochelle. Quand se déroulaient ces évènements Charles de Batz était encore un " pitchoun " qui pataugeait dans les mares de Lupiac ou bataillait avec ses petits voisins.

PhB : Alors là, tu chipotes Aramis !

A2L : Gatien de Courtilz avait tout de même un avantage sur Alexandre Dumas : il était lui-même mousquetaire !

M.P : Mais je rêve ! Courtilz prétend avoir rassemblé " quantité de morceaux " trouvés dans les papiers de d'Artagnan. En réalité la façon même dont est rédigé l'ouvrage prouve que son auteur n'a certainement pas travaillé à partir d'un texte du célèbre capitaine, qui maniait moins facilement la plume que la rapière ! C'est une œuvre de pure fiction ! Alexandre Dumas s'en est emparé et en a rajouté des louches … Voilà !

PhB : Quel rabat-joie tu fais, l'abbé !

M.P : Mais pas du tout ! Je vais vous démontrer au contraire que D'Artagnan n'était pas ce fantoche, héros bondissant, aux aventures époustouflantes, prompt à tirer l'épée pour affaire d'état, charmeur autant que bon vivant… C'est ce que tu disais Athos, n'est-ce pas ?

PhB : Ben… sans doute mais ne me dis pas que d'Artagnan n'a pas… séduit Constance de Bonacieux, celle qu'Alexandre Dumas décrivait comme étant une " charmante femme de vingt cinq ans, brune avec des yeux bleus, et ayant un nez légèrement retroussé, des dents admirables, un teint marbré de rose et d'opale, ainsi que…

M.P : Arrête Athos tu te fais du mal tout seul et je vais encore te décevoir : la belle et intrépide Constance de Bonacieux n'a jamais existé. Elle est un personnage purement romantique, expression de l'amour impossible qui s'attache indéfiniment aux héros et que les auteurs font mourir jeune. D'Artagnan s'est marié à quarante ans avec une râleuse de premier ordre : Anne-Charlotte Chrestienne de Chanlecy. Elle était une jeune veuve quand notre ami la rencontra : ses yeux noirs semblaient enfoncés dans leurs orbites flétries par les larmes et une pâleur mate et uniforme était répandue sur ses traits. Au bout de quelques mois de mariage, Anne-Charlotte finit par quitter le domicile conjugal et retourner en ses terres de Sainte Croix où son mari ne fit que de brèves apparitions pour régler quelques affaires domestiques et, incidemment, lui faire deux enfants : Louis I et Louis II Batz de Castelmore.

A2L : Quand à Milady de Winter n'en parlons pas. Gatien de Courtilz ne l'a mentionne pas : elle est l'archétype de la femme fatale. Elle joue une double partition, dictée par le récit romanesque et par la trame historique.

PhB : En tous cas, voilà un personnage qui ne laisse pas indifférent… Elle a été religieuse, maîtresse d'un prêtre, marquée au fer rouge comme voleuse, puis l'épouse d'Athos, qui l'a pendue, ou cru la pendre, elle est un moment la maîtresse de D'Artagnan, elle tente en vain de faire tuer Athos et d'Artagnan, réussit au moins à empoisonner Constance Bonacieux. Elle est d'autre part l'agent anglais du cardinal de Richelieu. Sur son ordre, elle compromet la reine Anne d'Autriche en volant deux de ses ferrets de diamant qu'elle avait donnés au duc de Buckingham, puis fait assassiner ce dernier. À la fin du roman, elle est finalement arrêtée à Armentières par les mousquetaires, et exécutée par le bourreau de Lille, pour ses crimes privés et publics. Qui dit mieux !

M.P : La vérité ! La vérité dit toujours mieux les choses. Voici encore quelques faits, Messieurs, qui vont vous remettre les sens et le savoir à l'endroit. La vérité est que de 1633, date prouvée de sa présence au corps des mousquetaires, jusqu'en 1646 c'est-à-dire dans la période concernant la fin du règne de Louis XIII et celle de Richelieu on ne connait STRICTEMENT RIEN de la vie de d'Artagnan. La véritable carrière du vrai d'Artagnan commencera en 1646.

A2L : Mais c'est l'année où notre compagnie de mousquetaires fut dissoute à la demande du cardinal Mazarin !!!

PhB : Mais oui ! Nous étions considérés comme un peu trop remuants ayant causé quelques désordres dans le royaume par notre impétuosité naturelle ! Et de plus notre chef, M de Tréville, s'était lancé un peu naïvement dans la conspiration de Cinq-Mars.

M.P : Seulement voilà… Ton héros bondissant aux aventures époustouflantes savait aussi réfléchir. Que pouvait-il faire sans nom et sans fortune ? Quitter le Cardinal ? Non les Batz-Castelmore n'avaient pas à défendre la féodalité mourante. Ils ne lui devaient rien alors qu'ils devaient tout à la politique de Mazarin visant à l'affaiblissement des Grands et à la consolidation de l'Etat.

A2L : Parier sur Mazarin était pourtant un choix dangereux car déjà on voyait poindre le mécontentement des corps constitués et de la grande aristocratie provinciale. La haine contre le cardinal " Italien " atteignait son paroxysme.

PhB : On se souvient des étapes de la Fronde qui suivirent : journée des barricades, fuite du roi, de la reine et du cardinal dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, intrigues du cardinal de Retz et du duc de Beaufort. La " Fronde " pour qui est épris de chevauchées et de bons coups d'épées, offre une magnifique tentation ! Elle ouvre un immense horizon d'aventures à la Don Quichotte pour ces anciens mousquetaires courageux et assoiffés d'héroïsme. Mais tu as raison Aramis, d'Artagnan n'est pas de ceux-là. Il reste un homme obstinément fidèle à sa reine, au cardinal détesté et à la monarchie chancelante. Il ne rejoint pas les héros brouillons et agités de la Fronde. Il est un " gentilhomme ordinaire " de son Eminence.

M.P : Tu vois nous y venons… Le rôle de d'Artagnan et de ces " Gentilshommes Ordinaires " tient de l'estafette, chargée de porter les dépêches les plus importantes, et de l'agent politique. Ils poursuivent une mission de soldats itinérants, annonçant les mouvements de troupe, renseignant leur maître et employeur sur l'activité de ses ennemis, recrutant des soutiens. Nous sommes plus proches de James Bond que de Fanfan la Tulipe !

A2L : Pendant sa disgrâce, Mazarin, accompagné seulement de sa garde, s'en alla errer dans les provinces à la recherche d'une retraite honorable, en évitant les mauvaises rencontres. Méprisant le danger, d'Artagnan parcourait la campagne. Il lui fallait beaucoup d'adresse pour déjouer les soupçons, trouver des relais sûrs, échapper aux patrouilles. La tête du cardinal était mise à prix : cent mille écus à qui lui coupera la tête !

PhB : C'est seulement en 1652 que d'Artagnan, proche de la quarantaine, fut gratifié d'une lieutenance au régiment des gardes. Au début de l'année suivante il rejoignit Mazarin et partagea à nouveau son existence vagabonde. En février, après les années noires de la Fronde, le peuple de Paris, versatile et bouillant, applaudit au retour de Mazarin. Quel triomphe mérité pour la patience et la droiture de d'Artagnan !

M.P : En mai 1658, sous la direction du jeune comte de Guiche, fils du Maréchal de Gramont, d'Artagnan et ses gardes marchent sur Dunkerque à la rencontre des troupes du Grand Condé. La victoire des Dunes remportée par son rival, Turenne, consacra le déclin espagnol et changea le destin de l'Europe. La France devint la puissance dominante sur le continent et le restera pendant un demi-siècle.

A2L : L'année 1658 pourrait bien être " l'année d'Artagnan " car notre ami participe non seulement à un grand tournant de l'histoire mais obtient également sa nomination au grade de sous-lieutenant des mousquetaires du roi que l'on vient de rétablir ! Il décide également de prendre épouse.

PhB : En effet à la bonne quarantaine, l'âge où au XVII° siècle on devient un " barbon ", notre militaire, fatigué des galanteries et du libertinage, viveur dégrisé, n'aspire qu'à se fixer en épousant, comme il se doit, une veuve richement dotée. Va pour Anne-Charlotte Chrestienne de Chancely dont nous avons déjà évoqué le caractère expéditif et l'aspect légèrement maussade.

M.P : En juin 1660 d'Artagnan selle son cheval une fois de plus pour assister aux cérémonies du mariage royal de St Jean de Lutz. En voyant défiler la nouvelle compagnie des mousquetaires précédé de d'Artagnan paré " comme un autel de confrérie ", le ministre espagnol Don Luis de Haro s'exclama : " Si Dieu descendait sur terre, il n'aurait pas d'autre garde que celle-là "

A2L : Mais en 1661 il n'est plus temps de parader ; sauf pour le sieur Fouquet en son domaine de Vaux. Le surintendant croit pouvoir se concilier les bonnes grâces de son jeune souverain en donnant une splendide fête en son honneur. On connait la suite : Le roi, jeune homme timide et encore un peu gauche, décide d'arrêter l'homme le plus puissant du royaume. C'est un véritable coup d'Etat dont l'issue n'est pas assurée. Colbert établit un plan d'arrestation qui ne laisse rien au hasard mais c'est Louis XIV qui décide de confier à d'Artagnan cette besogne de haute police, normalement destinée au capitaine des gardes, le marquis de Gesvres.

PhB : D'Artagnan est estomaqué par la mission qui lui est confiée et par les paroles du roi : " Monsieur d'Artagnan j'ai grande confiance en votre dévouement ". Le mérite de d'Artagnan ne se limite pas à la bonne exécution de la mission. Chargé de la garde du surintendant en la prison de Vincennes et autres, il est pendant trois longues années un geôlier modèle. Le greffier Foucault soulignera plus tard dans ses mémoires les soins et l'application extraordinaire du sieur d'Artagnan qui faisait à son prisonnier tous les bons traitements dont il pouvait aviser.

M.P : L'excellente conduite de d'Artagnan durant le procès du surintendant avait accru sa réputation tant à la cour qu'aux armées. Le sachant intime du roi on cherchait son appui. Sans exercer la brillante charge de capitaine-lieutenant il en détenait la fonction. Au printemps de 1665 d'Artagnan participa à la campagne des Pays-Bas où cinq cents mousquetaires furent engagés. Tous les rapports des commissaires et contrôleurs de guerre furent très élogieux sur la tenue de ses hommes tant au combat que vis-à-vis des populations civiles. Le roi était si enchanté de la conduite de son sous-lieutenant qu'il lui fit cadeau d'une charge, celle de " capitaine des petits chiens courant le chevreuil "

A2L : Cependant, la charge de capitaine-lieutenant " la plus belle charge du royaume " était devenue vacante suite à la démission du duc de Nevers. Le roi en fit cadeau à d'Artagnan car " celui-ci l'avait mérité par beaucoup de services importants ". A 54 ans d'Artagnan, petit cadet de Gascogne, natif du Gers, était devenu l'égal des plus grands seigneurs de la cour. En 1659, pendant la guerre de dévolution, d'Artagnan recevait le grade de brigadier de cavalerie. Il s'illustra contre les espagnols jusqu'au dénouement éclair de cette campagne le 8 février 1659 à Besançon et Dôle.

PhB : En 1670 une sérieuse révolte éclata en Vivarais. La répression fut sanglante. D'Artagnan y participa. Aramis je te l'accorde, nous sommes loin des joyeuses chevauchées du bon Dumas et des envolées picaresques de Gatien de Courtilz. Inutile de nous cacher derrière nos rapières, le XVII° siècle était une période dure et cruelle ! On caresse l'idée que notre véritable d'Artagnan le fut un peu moins. Mais rien ne le dit.

M.P : Pourtant, le 26 novembre 1671, d'Artagnan est chargé d'accompagné Lauzun , capitaine des gardes du corps de sa Majesté en la prison de Besançon et là, encore, le gascon rempli loyalement sa mission sans omettre d'ajouter comme toujours la délicate touche d'humanité qui le caractérise. Le 16 avril 1672, veille de la déclaration de guerre aux Provinces-Unies, d'Artagnan est nommé général de brigade (maréchal de camp). Il n'était pas d'usage que les gouverneurs des grandes places fussent choisis parmi les petits cadets de Gascogne mais il en fut ainsi par la grâce du Roi de France et de Navarre.

A2L : Le 1er mai 1673 le royaume de France partait à nouveau en campagne, contre les Hollandais cette fois. L'objectif de l'expédition était la place forte de Maëstricht. C'était le premier grand siège du règne de Louis XIV. La vieille citée de Maëstricht appartenait à l'évêché de Liège, lui-même possession de l'Electeur de Cologne mais les Hollandais s'y étaient installés et l'avaient puissamment protégée.

PhB : La majeure partie des troupes françaises qui commençaient à faire trembler l'Europe se trouvait rassemblée au pied de la place hollandaise : 26.000 fantassins, 19.000 cavaliers et 58 bouches à feu, une intendance regorgeant de vivres et de munitions permettant de tenir six semaines sans ravitaillement. Dès le début du siège on inaugura la nouvelle tactique, dite des " tranchées parallèles ". On ouvrait d'abord la tranchée du coté choisi loin des fortifications pour éviter les tirs ennemis. On construisait ensuite une première ligne de tranchées parallèles aux ouvrages de la place puis, au moyen de boyaux en zigzag une seconde et une troisième ligne parallèles à la première de plus en plus proche de la ville. J'espère que vous me suivez… On parvenait ainsi sans danger à quelques pas des fortifications ennemis.

M.P : Chaque jour, par roulement, les officiers généraux chargés des opérations changeaient. Il se trouva qu'à la Saint-Jean, jour fixé pour l'assaut, un anglais, James Scott, duc de Monmouth, fils naturel du roi d'Angleterre, fut lieutenant général du jour. L'armée comprenait en effet un tout petit détachement anglais d'une vingtaine de gentlemen dont John Churchill futur duc de Malborough et une escorte de 30 lifeguards. D'Artagnan, préposé spécialement à la garde de la personne royale, fut adjoint à Monmouth comme maréchal de camp.

PhB : Tout roulait sur d'Artagnan, notre commandant si connu et estimé de tout le monde, raconte dans ses mémoires le comte Quarré d'Aligny. Soudain, aux ordres de leurs chefs, les soldats s'élancèrent et bondirent au bruit du tambour, tous étendards déployés dans les boyaux à l'assaut de la demi-lune. Deux grosses mines et six mille grenades éclatèrent en quelques minutes. Le combat fut des plus brillants. Monmouth n'avait ordre que de se maintenir sur le chemin couvert longeant la demi-lune mais il décida de profiter de l'avantage acquis et d'établir un logement dans l'ouvrage et les tranchées. Les gardes françaises relevèrent les mousquetaires tard dans la nuit. Au matin du 25 juin, un soleil radieux se leva sur la plaine flottant au dessus des méandres sinueux de la Meuse. Au milieu des tentes encore sombres, d'Artagnan admirait dans le scintillement du jour naissant les clochers de la ville assiégée.

A2L : L'explosion d'une grosse mine fut le signal de la contre attaque hollandaise. En quelques assauts bien menés tout le travail effectué par les français la veille se trouva presque anéanti. En l'absence du duc de Monmouth qui comme d'Artagnan, s'était retiré dans la matinée, Messieurs de la Feuillade et de Montbron ordonnèrent aux gardes de déloger les intrus. Mais les soldats fatigués par leur longue veille n'avaient plus la force de reprendre l'ouvrage perdu. Le capitaine des mousquetaires n'était plus " de jour " ce dimanche 25 juin 1673 mais lorsqu'il apprit la brusque retraite des gardes, il quitta ses convives et se rendit immédiatement au quartier de Monmouth.

M.P : Il se conduisit avec la plus grande bravoure raconte un des anglais, Lord Alington. Sans ordre du Roi ni de personne il envoya une ordonnance au camp de base des mousquetaires afin de rassembler tous les renforts valides. Pendant que d'Aligny se dirigeait vers la pointe de l'ouvrage, d'Artagnan conduisit le reste de ses hommes jusqu'à la fameuse barricade située près de la gorge de la demi-lune. Là, le duc de Monmouth vint le rejoindre avec ses lifeguards. De la barricade à la demi-lune il y avait un espace qu'il fallait parcourir à découvert. L'endroit était d'autant plus dangereux qu'un seul homme à la fois pouvait franchir la barricade par un étroit passage.

PhB : L'anglais jugea que ses troupes n'avaient pas le temps de descendre dans les tranchées pour rejoindre l'ouvrage attaqué. Il voulut faire passer ses hommes par le haut. - A découvert ! Vous n'y pensez-pas, s'exclama d'Artagnan. Nous nous ferons massacrer avant d'atteindre notre but ! - Peu importe, répondit le fils de Charles II, nous sommes pressés. - En ce cas je vous accompagne dit calmement d'Artagnan avant qu'une balle ennemie ne lui traverse la tête de part en part.

A2L : C'est ainsi que mourut notre ami, Charles Batz-Castelmore, comte d'Artagnan, qui fut unanimement pleuré par la Cour. Louis XIV fit célébrer dans sa chapelle privée un service funèbre à sa mémoire. Sa mort arracha des larmes aux plus rudes de ses mousquetaires. Quant au poète Juliani de Saint Blaise, il écrivit quelques vers naïfs en son honneur mais qui valent bien toutes les oraisons funèbres :

" Le roi ressent cette infortune
Dans une douleur non commune
Et toute son armée en deuil
Ne peut supporter cette atteinte
Qu'en s'écriant dans sa complainte :
Artagnan et la gloire ont le même cercueil.


M.P : Le trialogue que nous avons eu le plaisir de vous lire a été écrit par Armand de Sillègue d' Athos, plus connu sous le nom de Philippe Bougouin.

PhB : La mise en scène et les diverses cascades étaient d'Isaac de Portau du Vallon de Bracieux de Pierrefonds, plus connu sous le nom d'Alain de Lavilléon.

A2L : Les costumes en été choisis et livrés de chez " Frip folies-Déguisez-moi " par Henry Seigneur d'Aramitz, plus connu sous le nom de Michel Péroche

M.P : Nos remerciements vont à Charles de Batz de Castelmore pour sa qualité de gentilhomme ordinaire ;

PhB : à Gatien Courtilz de Sandras pour " Les Mémoires de Monsieur d'Artagnan ".

A2L : à Auguste Maquet pour avoir écrit la presque totalité du roman des " Trois Mousquetaires "

M.P : et, bien entendu, à Alexandre Dumas pour l'avoir signé.

PhB : Nous remercions également nos sponsors : la mairie de Rocquencourt pour la mise à disposition de cette salle et la trésorerie des AVR pour la location des costumes ! MERCI à TOUS et TOUTE !

AVR/Rocquencourt avril 2013

Arrivée des 3 M à la salle des Associations
Entrée des artistes


Sources : Alexandre Dumas : " Les trois mousquetaires ". Tome 1 et 2. Hachette -Bibliothèque verte - Collection J.C Meslé. 1950.
Jean-Christian Petitfils : " Le véritable d'Artagnan " - Collection TEXTO - 2002
André Hunebelle : " Les trois Mousquetaires " film où Georges Marchal était d'Artagnan, Bourvil : Planchet, Danielle Godet : Constance Bonacieux, Yvonne Sanson : Milady de Winter, Gino Cervi : Porthos, Jean Martinellei ; Athos, Jacques François ; Aramis. Pathé Films/Octobre 1953.
webm@ster: philippe bougouin